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JOUR 17 des compétitions
11:59  26 °C

Annie Pelletier

19
août

Rage de vaincre et leçon Despatie 101


Bonjour,

Il est 1 h du matin. Je suis assise à mon ordi pour vous écrire mes impressions de la compétition d'Alex. En une seule journée, j'ai éprouvé plusieurs émotions. Les voici.

Annie PelletierD'entrée de jeu, je serai très honnête et je vous dirai que j'ai d'abord entretenu un doute. Il était 9 h ce matin lorsque je suis arrivée à la piscine après avoir participé une fois de plus à La zone olympique. Je voulais assister au premier entraînement de la journée d'Alex, qui se préparait pour la demi-finale.

Bougonneux, il a entamé sa séance tranquillement, presque nonchalamment. Il semblait en beau &?$%&*+$%&%?!!!!!!!! Je ne le sentais pas. J'ai été prise de scepticisme. Je n'avais pas l'impression qu'il était dans la zone dans laquelle il devait se trouver en ce jour de finale olympique. Mais le jour était encore jeune… Il a connu un bon entraînement et déjà, à 9 h 30, il avait progressé d'un cran, avec l'objectif d'atteindre son sommet ce soir même, entre 20 h 30 et 22 h 30.

Annie PelletierLa compétition a commencé. Tour après tour, il a retrouvé sa verticale dans tous ses plongeons. Les entrées sans éclaboussures n'y étaient pas vraiment, mais il démontrait une nette amélioration dans son rythme et dans son attitude. Plus convaincu et convaincant. Du doute donc, je suis passée à l'espoir.

Il fallait bien donner une chance au coureur (ou si vous préférez au plongeur). Celui qui nous a prouvé plus d'une fois qu'il carbure aux rebondissements méritait bien qu'on lui laisse le bénéfice du doute. Plus concentré et déterminé, il a retrouvé son aplomb en laissant encore une porte ouverte à l'amélioration. Mon optimisme revenu, je suis partie faire une sieste et j'ai analysé à nouveau les notes sur papier.

Je suis revenue à la piscine à temps pour voir son dernier entraînement avant la finale. Plus positive, il me restait tout de même un fond d'inquiétude, par rapport aux éléments extérieurs: les plongeurs chinois, le Russe Sautin, le Mexicain Castillo. Comment allaient-ils réagir sous la pression? Et les juges. Comment allaient-ils évaluer leurs performances. Alex allait passer entre les deux plongeurs chinois. Qui allait influencer qui?

Il a fait une excellente séance, qui était supérieure d'un autre cran. Alex montait une à une les dernières marches de son chemin de croix 2008, parsemé de blessures et de revers. Après son dernier entraînement, je suis montée à ma position d'analyste et je ressentais beaucoup de fébrilité. J'avais hâte que ça commence. Je le sentais vraiment d'attaque.

Annie PelletierPuis, la finale a débuté. Plongeon après plongeon, il a réussi au mieux de ses capacités, après avoir manqué autant d'entraînements et de compétitions au cours des trois dernières années. Mais ce qui a retenu mon attention, en plus du côté technique qu'il a raffiné et perfectionné en moins de 48 heures, c'est le côté psychologique. Il a confondu tous les sceptiques. Pour ça, j'étais remplie d'une belle dose d'admiration, et ç'a été pour moi une si belle leçon.

Une leçon, car j'ai réalisé ce soir qu'il y a plus d'une recette pour faire lever la pâte. Je regardais son parcours de l'extérieur, avec tous ses entraîneurs autour de lui, ses camps d'entraînement un peu partout autour du globe, son grand nombre d'activités professionnelles et personnelles en dehors du plongeon. Je me disais que dans mon cas, ç'aurait été exactement le genre de situation que j'aurais dû éviter.

Dans ma carrière, la constance devait passer par un seul entraîneur (Donald Dion) en qui j'avais totalement confiance, un site d'entraînement (la piscine du Complexe sportif Claude-Robillard), une routine et un plan d'entraînement stable et exécutable dans la même ville. Tout ça assis sur une petite vie bien rangée où les quelques excès à l'époque se résumaient à manger une cuillérée de Nutella (ou deux) ou dépasser mon heure de coucher qui tournait autour de 21 h 30.

Annie PelletierPour Alex, il en est tout autrement. Il s'est entouré de plusieurs entraîneurs qui lui apportent chacun un élément essentiel, selon leurs forces. Il voyage autour du monde et il participe à des camps d’entraînement dans les piscines des quatre coins de la planète. Il a un cercle d'amis plus grand que le meilleur politicien sur Facebook, et il vit sa vie de jeune homme passionnément, comme le plongeur qu'il est. Voilà.

Donc, les deux leçons qu'Alexandre m'a apprises ce soir:

1- Il faut respecter ses besoins, écouter son instinct, s'entourer des gens qui nous font du bien et croire en son destin.
2- Le victorieux n'est pas toujours celui qui est le mieux préparé, c'est plutôt celui qui veut le plus GAGNER.

Annie PelletierSur ce, je conclus en vous disant que je suis émerveillée de voir aller ce jeune homme qui réussit, encore une fois dans un scénario rempli de rebondissements, à briller parmi les étoiles du plongeon mondial. Après les tremplins de Pékin, où il a laissé sa trace, j'espère vivre assez vieille pour voir le jour où il brillera de nouveau parmi les stars sur le Hollywood Boulevard.

Des sceptiques?

Moi, en tout cas, je ne le serai plus jamais.

Merci Alex pour toutes ces émotions. Comme les leçons, elles resteront gravées en moi.

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