
Ouf! Que d’émotions vécues à la piscine depuis deux jours! D’abord hier, en demi-finale, dans laquelle Blythe est passée de justesse en grande finale (10e de 12) après un dernier plongeon extraordinaire qui suivait quatre premiers tours très moyens. Puis, la 13e position à la fois crève-cœur, mais aussi si encourageante de la jeune Jennifer Abel, que l’on reverra assurément aux prochains Jeux de Londres dans quatre ans.
D’un côté, j’étais soulagée pour Blythe, car je savais que tout recommencerait à zéro le lendemain. De l’autre, j’avais le cœur serré pour la jeune qui était passée tout près de vivre sa première finale olympique sur le tremplin plutôt que dans les gradins.
Ce soir, je m’en allais à la piscine éprouvant nervosité et nostalgie. L’épreuve du 3 m féminin a été mon épreuve, ainsi que le 1 m, pendant la majeure partie de ma carrière. Sur mon chemin, je me suis laissée aller à mes pensées et j’ai tenté de me remémorer comment je me sentais il y a 12 ans, à moins d’une heure de ma première (et dernière) finale olympique.

Il y avait eu mon dernier et si important entraînement avant la compétition, où j’avais excellé, la visite au vestiaire pour enfiler mon maillot porte-bonheur, un coup d’œil dans les estrades pour repérer mes parents, mon frère Alain et mon ami Martin. Puis mon entraîneur m’a dit son dernier mot d’ordre. J’avais en plus ma cassette de Céline Dion, prête pour la compétition. En fin, il y a eu le défilé des athlètes que j’attendais tant, au son de l’hymne olympique avec trompettes et cymbales au rendez-vous!
J’avais des papillons plein l’estomac. Je ressentais le besoin de prendre de très grandes respirations. Une adrénaline difficilement contrôlable m’envahissait, ainsi qu’un sentiment de puissance dans les muscles et une conscience que le rêve demeurait à ma portée. Il était là tout près. Je ne pouvais que faire ma job et advienne que pourra. On ne peut contrôler que les choses qui nous appartiennent vraiment. Dans mon cas, il y avait ma technique, ma grâce, ma zone, les conseils de mon entraîneur, ma rage de vaincre et la conviction qu’il fallait me battre jusqu’à la dernière seconde de mon dernier plongeon. C’est tout. Le reste, ça s’appelle le Destin, comme le chante justement notre olympienne de la chanson, Céline Dion.

Revenons donc à Blythe. Elle avait déjà annoncé sa retraite, cela signifiait qu’elle allait exécuter ses cinq derniers plongeons après une carrière qui aura duré 15 ans.
Quinze années à apprendre, répéter, travailler, fignoler, perfectionner des plongeons par en avant, vers l’arrière, de façon retournée, à la renverse, avec des vrilles ou des départs en équilibre sur des tremplins de différentes hauteurs.
Quinze années à pratiquer un sport où le nombre effarant de répétitions et l’effort constant sur plusieurs années portent fruit, à un moment donné.
Quinze années à sauter, tourner, se cambrer, se déplier ou s’allonger pour finalement plonger.
Quinze années à essayer, recommencer, manquer, réussir, perdre et gagner.
Blythe avait sûrement les papillons comme je les avais il y a douze ans. Elle a réussi à les faire voler en formation et à soutirer le meilleur de l’adrénaline et à atteindre une acuité dans ses réflexes dans tous ses plongeons. Je considère que c’est une de ses meilleures performances à vie.
Elle n’est pas montée sur le podium olympique ce soir, mais dans le cœur de plusieurs, elle est enfin montée sur un tremplin qui la propulsera dans sa nouvelle vie, avec confiance et détermination. Car effectivement, contrairement aux années passées, où elle semblait toujours si intimidée et presque embarrassée d’être sur le tremplin avant chacune de ses figures, elle semblait calme, confiante et fière d’être là, parmi les meilleures.
Ça lui aura pris 15 ans pour finalement y croire, et c’est peut-être ce qui peut expliquer en partie sa 4e position. Les trois autres ont été d’un aplomb sans équivoque, ce qui donne parfois un avantage psychologique. Somme toute, elle sera probablement déchirée entre sa performance et le fait d’effleurer le podium.
De mon humble avis, elle peut dormir sur ses deux oreilles et être fière de sa performance, après avoir voulu tout abandonner après la mort de son frère Strachan, il y a tout juste un an. Je suis certaine que ce soir, il y a un ange au ciel qui sourit et qui pourra, lui aussi, dormir sur ses deux oreilles. Sa petite sœur a pris sa vie en main en plongeant avec cœur, courage et fierté.
Bonne nuit ou bonne journée, ici il est minuit passé.
Demain, surveillez La zone olympique, j’y serai après une nuit pas mal écourtée!
À+