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JOUR 17 des compétitions
11:59  26 °C

Annie Pelletier

24
août

Moments marquants et remerciements


J’arrive tout juste des cérémonies de fermeture qui étaient à l’image de la nouvelle Chine: colorée, originale, expressive, généreuse et ouverte sur le monde!

Je devais répondre à toutes vos questions aujourd'hui, mais je dois vous avouer que, exténuée, j’ai passé la journée sous les couvertures, dans les bras de Morphée.

Je remets donc ça à demain. Dans l’avion, j’en profiterai pour tout relire et pour répondre à tous ceux et celles qui ont pris le temps de m’envoyer des messages. Les dernières réponses à vos questions seront donc diffusées dans deux jours!

Vous n’avez pas idée combien vos messages remplis de questions, d’encouragements et de compliments m’ont particulièrement touchée. Ils m’ont redonné cette confiance en la télé qui avait été remplacée par le doute depuis plusieurs années.

J’ai carburé à vous lire et à tenter de vous transmettre le mieux possible ma réelle passion pour les Jeux olympiques, le plongeon et les athlètes, grands acteurs du plus grand carnaval de l’humanité.

Voici donc mes coups de coeur:

Annie PelletierJ’ai été touchée: par Émilie Heymans, qui a réussi à gagner sa bataille mentale, en plus d’une superbe médaille individuelle.

J’ai été impressionnée: par Alexandre Despatie, qui a le don de performer dans les moments les plus importants.

J’ai été soulagée: de voir Blythe Hartley terminer sa carrière en beauté.

Je suis encouragée: par la relève représentée par le jeune Thomas Daley.

Je suis inspirée: par la discipline et l’engagement des Chinois à faire de ces Jeux un événement si grandiose et inégalé.

Je suis un peu peinée: de quitter ce pays qui m’a autant appris.

Merci à tous ceux qui m’ont fait confiance depuis cinq Jeux olympiques, de 2000 à 2008: Daniel Asselin, Laurent Godbout, François Carignan, Mario Clément, Luc Grenier, François Lavallée. C’est sans oublier tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à faire en sorte que je m’améliore, que j’accepte de relever de nouveaux défis et que je grandisse en tant que communicatrice et en tant que personne.

Annie PelletierCe soir dans les estrades du nid d’oiseau, j’ai eu le coeur gros lorsque la flamme s’est éteinte. Ça concluait les plus beaux Jeux de ma vie (mis à part Atlanta 96 évidemment), mais aussi une page qui se tourne pour Radio-Canada et pour toute sa famille olympique dont je fais partie fièrement.

Annie PelletierÀ moins d’un tour du destin, la SRC ne sera pas à Londres comme télédiffuseur des Jeux en 2012. Et moi non plus, je ne sais pas si j’y serai. Qui sait ce que la vie nous réserve?

Ce que je sais, c’est que le lendemain de mon retour, je serai au bureau de la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec, mon travail à temps plein. Nous continuerons de remettre des bourses aux meilleurs athlètes-étudiants du Québec qui se démarquent et qui deviendront nos athlètes olympiques et/ou nos dirigeants de demain.

Merci encore et à bientôt peut-être.

Annie ;-) xx
23
août

Un Australien brise le rêve chinois


Il s’appelle Matthew Mitcham. Il est Australien. Il a 20 ans. Il est le seul non-Chinois à avoir remporté une médaille d’or olympique en plongeon aux Jeux de Pékin, privant ainsi la nation organisatrice d’une domination totale de huit victoires en huit épreuves.

Je ne le connaissais à peu près pas. Donc, je ne pourrai pas vous en parler avec autant d’émotions et de vécu que pour Émilie et Alexandre. Mais ce que j’ai lu sur lui m’a touchée.

Matthew a fait parler de lui dans son pays, car il a avoué qu’il est comme Ziggy, ou Greg Louganis, ou comme combien d’autres dans tous sports confondus.

Après plusieurs épisodes de dépression, il a arrêté de plonger en 2007. Il a pris du recul et a fait deux pas en arrière, pour en faire trois vers l’avant. Et quatre. Et cinq. Jusqu’à retrouver le goût de vivre, de plonger, d’évoluer et de s’aimer.

Et de devenir qui il est vraiment, intérieurement, puis de le rester et de l’accepter.

Ce soir, il est monté sur la plus haute marche du podium olympique. Je me demande bien comment ont bien pu réagir tous ceux qui se sont moqués de lui dans la cour d’école, à l’arrêt d’autobus, dans le vestiaire, dans son dos, dans sa face, dans son âme.

Aujourd’hui, il sourit à la vie et à tous ceux qui ont tenté de lui faire une jambette. Sur sa première marche du podium, il dépassait d’une tête tous ceux qui ont voulu le rabaisser.

Je mettrais bien au défi n’importe quel homophobe de faire un plongeon avec deux sauts périlleux et demi arrière avec deux vrilles et demi sur la tour de 10 mètres et de recevoir deux notes parfaites de 10.

On verrait bien qui est la vraie « moumoune ».

Good job Mate!!!

Sur ce, bonne soirée, mes Jeux sont terminés, je vous reviens une dernière fois demain avec mes coups de cœur, remerciements et mon mot de la fin.

Bonne nuit!
22
août

La tête forte d’Émilie et la patience d’ange de Marie-Ève


Bonjour,

Annie PelletierC’est la première fois que j’étais émue à ce point à la télévision nationale. Et c’est la faute de nos deux plongeuses en finale. Mais n’ayez crainte, je ne leur en veux pas. Au contraire, je les remercie de m’avoir fait autant vibrer, moi, comme tout un pays entier.

La nouvelle vice-championne olympique, Émilie Heymans, a réussi une chose extrêmement importante ce soir. Avec tout son bagage d’expérience formé de victoires, de défaites, de choix, de controverses, de décisions et surtout de travail sur soi autant en préparation physique que mental, elle a prouvé hors de tout doute, lors de la compétition la plus importante de sa vie, qu’elle a l’étoffe des plus grands athlètes du pays.

Annie PelletierPlus jamais on ne verra le mot choké (que je déteste tant) accolé à son nom. Plus jamais on ne pourra dire qu’elle n’est pas forte mentalement. Plus jamais on ne doutera de son talent, sa préparation, son dévouement, son engagement et son désir de gagner. Elle a tout mis en œuvre pour arriver à gagner une médaille olympique individuelle et elle y est arrivée. Elle devient donc triple médaillée olympique. Ce n’est pas rien. Wow!

Annie PelletierMarie-Ève Marleau, qui était un peu dans l’ombre d’Émilie et qui a terminé avec une superbe 7e position, a su attirer vers elle les projecteurs et ensoleiller notre description grâce à son attitude déterminée et à une remontée formidable. Persévérante, elle traîne un bagage d’expérience de 20 ans d’entraînement en gymnastique et en plongeon. On peut dire mission accomplie pour cette athlète fort sympathique qui plongera dans deux nouveaux projets: faire un voyage en Thaïlande dans quelques jours et poursuivre sa vie en kinésiologie après sa retraite sportive.

On peut donc dire mission accomplie pour ces deux plongeuses que j’ai vraiment à cœur. Elles m’ont émue et inspirée tout au long de cette soirée des plus intenses. Comme je vous l’ai dit d’entrée de jeu, j’ai eu le motton à plusieurs reprises ce soir. J’en ai même oublié ma description à un moment donné. Un petit coup de coude de mon fidèle complice pour me rendre compte qu’on était en ondes. J’étais complètement bouche bée et dans la lune.

Annie PelletierJe pensais à Émilie. Je lui envoyais des ondes positives. Je me remémorais son parcours, ses hauts et ses bas, son adolescence et son passage à la vie adulte. Sa personnalité bien à elle qu’on doit apprendre à découvrir. Et cette fameuse pression, celle du dernier plongeon. Je me suis retenue le plus que j’ai pu. Je n’ai pas versé de larmes, mais disons que la gorge me piquait pas à peu près…

Annie PelletierJe pensais aussi à ses parents. Ses parents que j’aime tant. Je les voyais au loin, car ils étaient assis juste en face de notre position de commentateurs, de l’autre côté de la piscine. Je pensais à eux, qui ont toujours été là, réservés. Ils ont été de fidèles supporteurs, parfois heureux, parfois inquiets.

Annie PelletierEt ils m’ont fait penser aux miens. À mes parents que j’aime tant. Ils ne sont plus dans les estrades de plongeon, mais bel et bien devant leur téléviseur. Réservés. De fidèles supporteurs parfois heureux, parfois inquiets.

Ce soir, j’ai bien l’impression que certains parents se coucheront le cœur un peu plus léger.

Merci d’avoir été là. Sans vous, Émilie n’y serait pas arrivée, et moi non plus. Ça, il ne faut jamais l’oublier.

À+
20
août

Annie à « La Zone » et Émilie dans SA zone!


Bonjour,

Comme je vous l’écrivais hier, ç’a été une journée tellement chargée en émotions que, survoltée, j’ai décidé de sauter ma nuit de sommeil pour partir avec toute l’équipe de La zone olympique à 4 h 30. J’ai assisté à leur réunion de production et échangé de bonnes histoires, avec Michel Villeneuve, un vrai sac à blagues.

Annie PelletierDrôle et vif, parfois baveux ou grinçant, il m’a fait me bidonner à souhait, histoire de bien entamer une journée si colorée. Disons qu’avec si peu d’heures de sommeil ces derniers jours, je suis comme on dit, bon public.

Il faut vraiment être là pour entendre toutes les blagues qui peuvent se dire quand les caméras sont éteintes. Et ça, c’est quand elles ne sont pas en marche comme ce matin, lorsque Jacinthe a fait un de ces lapsus (… la médaille au c..) qui a fait littéralement brailler l’équipe. Et mon Michel de se retenir tant bien que mal avec les épaules sautillantes pendant que la caméra faisait un plan ailleurs. Lorsque la pause publicitaire est arrivée, nous avons tellement éclaté de rire que j’ai dû repasser au maquillage. Un moment cocasse estampé Beijing 2008.

Ce soir, ç’a été une autre très belle soirée à la piscine où nos deux Canadiennes ont atteint leurs objectifs respectifs.

Annie PelletierD’un côté, Émilie Heymans a fait une excellente prestation en réussissant ses 5 plongeons pour des notes qui ont varié entre 7,0 et 9,5. Trois d’entre eux étaient vraiment superbes (1-3-5). Et les deux autres (2-4), à quelques degrés de la verticale parfaite, peuvent encore s’améliorer et aller chercher plus de points.

Il y a quelques semaines, à la piscine olympique de Montréal, j’ai assisté à un entraînement où elle avait réussi TOUS ses plongeons pour des notes de 9 et de 9,5. Donc, elle n’aura que quelques ajustements à faire demain matin en demi-finale. Et pour la finale en soirée, la petite dose d’adrénaline aidant, les quelques degrés manquants à la verticale devraient disparaître pour faire place à un couteau qui fend l’eau. Elle termine donc 3e des éliminatoires, à 25 points de la numéro 1.

Quant à Marie-Ève Marleau, elle a terminé 17e pour passer de justesse en demi-finales. (On retenait 18 des 29 plongeuses présentes.) Elle a réussi deux très bons plongeons (le premier et le dernier), mais les trois autres étaient très ordinaires. La chose que je retiens de cette athlète fort sympathique, c’est son attitude tout au long de la compétition.

Annie PelletierElle s’est amenée, pour sa première ronde olympique, de façon déterminée, sans paraître aucunement intimidée ou angoissée par la tâche à accomplir. Ça m’a réjoui, car au-delà de sa technique parfois problématique, elle a une présence et un caractère qui sont à l’origine de sa participation aux Jeux et à la prochaine ronde de demi-finale.

Je vais aller récupérer un peu de sommeil, et demain je serai fidèle au rendez-vous de La zone olympique, dès 8 h 15.

Passez une belle journée, il est 23 h 40 et je m’apprête à aller souper. Ouf!

À+
19
août

Rage de vaincre et leçon Despatie 101


Bonjour,

Il est 1 h du matin. Je suis assise à mon ordi pour vous écrire mes impressions de la compétition d'Alex. En une seule journée, j'ai éprouvé plusieurs émotions. Les voici.

Annie PelletierD'entrée de jeu, je serai très honnête et je vous dirai que j'ai d'abord entretenu un doute. Il était 9 h ce matin lorsque je suis arrivée à la piscine après avoir participé une fois de plus à La zone olympique. Je voulais assister au premier entraînement de la journée d'Alex, qui se préparait pour la demi-finale.

Bougonneux, il a entamé sa séance tranquillement, presque nonchalamment. Il semblait en beau &?$%&*+$%&%?!!!!!!!! Je ne le sentais pas. J'ai été prise de scepticisme. Je n'avais pas l'impression qu'il était dans la zone dans laquelle il devait se trouver en ce jour de finale olympique. Mais le jour était encore jeune… Il a connu un bon entraînement et déjà, à 9 h 30, il avait progressé d'un cran, avec l'objectif d'atteindre son sommet ce soir même, entre 20 h 30 et 22 h 30.

Annie PelletierLa compétition a commencé. Tour après tour, il a retrouvé sa verticale dans tous ses plongeons. Les entrées sans éclaboussures n'y étaient pas vraiment, mais il démontrait une nette amélioration dans son rythme et dans son attitude. Plus convaincu et convaincant. Du doute donc, je suis passée à l'espoir.

Il fallait bien donner une chance au coureur (ou si vous préférez au plongeur). Celui qui nous a prouvé plus d'une fois qu'il carbure aux rebondissements méritait bien qu'on lui laisse le bénéfice du doute. Plus concentré et déterminé, il a retrouvé son aplomb en laissant encore une porte ouverte à l'amélioration. Mon optimisme revenu, je suis partie faire une sieste et j'ai analysé à nouveau les notes sur papier.

Je suis revenue à la piscine à temps pour voir son dernier entraînement avant la finale. Plus positive, il me restait tout de même un fond d'inquiétude, par rapport aux éléments extérieurs: les plongeurs chinois, le Russe Sautin, le Mexicain Castillo. Comment allaient-ils réagir sous la pression? Et les juges. Comment allaient-ils évaluer leurs performances. Alex allait passer entre les deux plongeurs chinois. Qui allait influencer qui?

Il a fait une excellente séance, qui était supérieure d'un autre cran. Alex montait une à une les dernières marches de son chemin de croix 2008, parsemé de blessures et de revers. Après son dernier entraînement, je suis montée à ma position d'analyste et je ressentais beaucoup de fébrilité. J'avais hâte que ça commence. Je le sentais vraiment d'attaque.

Annie PelletierPuis, la finale a débuté. Plongeon après plongeon, il a réussi au mieux de ses capacités, après avoir manqué autant d'entraînements et de compétitions au cours des trois dernières années. Mais ce qui a retenu mon attention, en plus du côté technique qu'il a raffiné et perfectionné en moins de 48 heures, c'est le côté psychologique. Il a confondu tous les sceptiques. Pour ça, j'étais remplie d'une belle dose d'admiration, et ç'a été pour moi une si belle leçon.

Une leçon, car j'ai réalisé ce soir qu'il y a plus d'une recette pour faire lever la pâte. Je regardais son parcours de l'extérieur, avec tous ses entraîneurs autour de lui, ses camps d'entraînement un peu partout autour du globe, son grand nombre d'activités professionnelles et personnelles en dehors du plongeon. Je me disais que dans mon cas, ç'aurait été exactement le genre de situation que j'aurais dû éviter.

Dans ma carrière, la constance devait passer par un seul entraîneur (Donald Dion) en qui j'avais totalement confiance, un site d'entraînement (la piscine du Complexe sportif Claude-Robillard), une routine et un plan d'entraînement stable et exécutable dans la même ville. Tout ça assis sur une petite vie bien rangée où les quelques excès à l'époque se résumaient à manger une cuillérée de Nutella (ou deux) ou dépasser mon heure de coucher qui tournait autour de 21 h 30.

Annie PelletierPour Alex, il en est tout autrement. Il s'est entouré de plusieurs entraîneurs qui lui apportent chacun un élément essentiel, selon leurs forces. Il voyage autour du monde et il participe à des camps d’entraînement dans les piscines des quatre coins de la planète. Il a un cercle d'amis plus grand que le meilleur politicien sur Facebook, et il vit sa vie de jeune homme passionnément, comme le plongeur qu'il est. Voilà.

Donc, les deux leçons qu'Alexandre m'a apprises ce soir:

1- Il faut respecter ses besoins, écouter son instinct, s'entourer des gens qui nous font du bien et croire en son destin.
2- Le victorieux n'est pas toujours celui qui est le mieux préparé, c'est plutôt celui qui veut le plus GAGNER.

Annie PelletierSur ce, je conclus en vous disant que je suis émerveillée de voir aller ce jeune homme qui réussit, encore une fois dans un scénario rempli de rebondissements, à briller parmi les étoiles du plongeon mondial. Après les tremplins de Pékin, où il a laissé sa trace, j'espère vivre assez vieille pour voir le jour où il brillera de nouveau parmi les stars sur le Hollywood Boulevard.

Des sceptiques?

Moi, en tout cas, je ne le serai plus jamais.

Merci Alex pour toutes ces émotions. Comme les leçons, elles resteront gravées en moi.

À+
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