


Water-polo / Canada
Mise à jour le vendredi 8 août 2008 à 7 h 11
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Photo: AFP/William West Nathaniel Miller (à droite) |
Il y a 13 athlètes qui sont aux anges actuellement: les membres de l'équipe canadienne de water-polo.
Personne ne les attendait aux Jeux olympiques. Pourtant, pour la première fois de l'histoire, ils se sont qualifiés avec panache.
Pas de qualification indirecte avec le désistement de certains pays comme en 1972 et en 1984, ou de qualification automatique comme en 1976 en tant que pays organisateur. C'est une affaire d'équipe, mais aussi d'entraîneur.
Ils affichent tous un large sourire.
« C'était vraiment extraordinaire, mentionne Jean Sayegh, un membre de l'équipe. Nous avons eu besoin de quelques jours pour réaliser ce qui nous arrivait. Le cheminement a été difficile, nous avons eu des hauts et des bas, nous avons perdu plusieurs joueurs en chemin. »
Autre membre de l'équipe, même réaction.
« Pendant presque 24 heures, j'ai alterné entre pleurer et rire tellement c'était incroyable », se rappelle Nathaniel Miller.
Tremblement de terre
Avec sa qualification au tournoi de la dernière chance disputé en Roumanie, le Canada a surpris la planète entière.
« Tous les journaux en Roumanie affirmaient que le Canada venait de créer un tremblement de terre dans le monde du water-polo », affirme sans broncher Sasha Palamarevic, un autre membre de l'équipe.
Mais ce tremblement de terre, le Canada le prépare depuis quatre ans... Le grand responsable, aux dires de tous, est Dragan Jovanovic, l'entraîneur de l'équipe.
Cet ancien joueur originaire de la Serbie, puissance mondiale du water-polo, a importé son expertise, une approche plus professionnelle et une toute nouvelle attitude.
« Il veut gagner, c'est un gagnant. Il nous motive tellement, c'est incroyable », poursuit Palamarevic.
Entraîneur adjoint de l'équipe, Robert Couillard est un témoin privilégié du changement opéré par Jovanovic.
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Photo: La Presse Canadienne /AP Photo/Steve Holland Jean Sayegh |
« Je pense que la seule chose que j'ai appris à faire durant les trois ou quatre années que j'ai passé ici avant son arrivée, c'est apprendre à perdre, explique Couillard. Maintenant, on apprend à gagner. C'est différent. »
Le plan Jovanovic
Jovanovic avait son plan: de nouveaux centres d'entraînement régionaux, un peu partout au pays, mais aussi, et surtout, des joueurs canadiens en Europe chez les pros pour l'expérience et l'argent. Un moyen de garder son monde plus longtemps.
Miller sait de quoi il est question.
« Pour quelqu'un de mon âge, 28, 29 ou 30 ans, c'est très difficile de justifier le fait de demeurer actif dans un sport, avec les heures que cela implique, et oublier l'argent, l'hypothèque et la famille », explique Miller.
Un entraîneur de l'Europe de l'Est, ça veut aussi dire de la discipline. Mais attention, insiste Jovanovic, sa méthode n'a rien de militaire. Les joueurs, eux, n'en sont pas sûrs!
« Ce n'est pas toujours très amusant, c'est quelque chose de très rigide, constate Sayegh. Nous nous sommes habitués rapidement. Il a établi sa loi en arrivant ici et nous la respectons. »
« Il fallait du changement, dit l'entraîneur, et il faut être exigeant. » Son approche a fait des vagues. Pas moins de 15 vétérans ont quitté l'équipe depuis 4 ans, ni plus ni moins qu'une équipe complète.
« Certains sont partis et ils doivent s'en mordre les doigts aujourd'hui, mentionne Couillard. On ne peut rien y faire. Si tu ne crois pas en ce que tu fais, jamais tu ne vas avoir de succès. »
Le rêve olympique
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Photo: La Presse Canadienne /AP Photo/Steve Holland Nathaniel Miller (à droite) |
Dire que deux vétérans ont claqué la porte tout juste avant le tournoi de qualification olympique et le fameux match décisif contre la Roumanie... en Roumanie. Mais il y a plus.
« Le plus difficile pour nous en arrivant en Roumanie, c'est que la semaine précédente, cette équipe nous avait battus par 10 buts », se rappelle Miller.
Les Roumains ont poursuivi le travail au match suivant. Après un quart, ils menaient 2-0. Curieusement, l'entraîneur du Canada était content.
« Il nous a dit: "Bravo les gars, vous avez réussi! Vous avez battu la Roumanie", se souvient Palamarevic. Nous perdions pourtant 2-0. Mais la pression était sur eux, car ils ne menaient que par deux buts. Deux buts, ce n'est rien. Il nous restait encore tout le reste du match. »
C'est là que le vent a tourné. Le Canada l'a emporté de justesse 9-8. Inutile de vous dire que c'était l'euphorie, surtout chez les rares vétérans.
« C'est 10 ans de sacrifice, 10 ans où j'ai dédié ma vie au sport et à mes coéquipiers, explique Miller. Tout notre travail allait finalement être justifié. C'était plus grand que moi! »
Une qualification qui ressemble davantage à une médaille pour le Canada. Toutefois, pour les joueurs, l'aventure ne se termine pas là. Ils visent une 8e place à Pékin.
« Nous sommes en train de tracer une nouvelle voie pour le Canada, affirme Sayegh. Nous devrons bien faire, mais en même temps, nous formons la première équipe canadienne à s'être rendue là. Nous allons essayer d'en profiter. »
Une épopée qui se poursuivra à Pékin.
D'après un reportage de Diane Sauvé.