

Parcours étrange que celui de la nage synchronisée dans le programme
olympique. Après l'intégration des épreuves en solo et en
duo aux Jeux de Los Angeles en 1984, les responsables de ce sport ont
dû accepter que seule l'épreuve par équipe soit présentée
aux Jeux d'Atlanta en 1996.
Cette décision avait pour unique but de conserver un minimum de place pour ce sport, à une époque où les comités organisateurs des Jeux cherchaient à restreindre le nombre de disciplines et d'athlètes inscrits aux Jeux.
Par un effet boomerang, l'épreuve en duo est réapparue au programme des
Jeux de Sydney aux côtés de l'épreuve par équipe.
La reconnaissance d'un sport dépend souvent des succès d'un athlète sur la scène internationale. Ce qui se fait dans l'ombre demeure souvent incognito. Au Québec, la nage synchronisée constitue l'exemple parfait de ce « syndrome de l'iceberg ». La partie visible capte toute l'attention et fait oublier que le volume immergé représente une masse bien plus importante.
Avant l'entrée en scène de Carolyn Waldo, des jumelles Vilagos et, surtout, de Sylvie Fréchette, bien peu de gens au Québec savaient que les routines aquatiques étaient en fait un sport très bien organisé.
Les références à l'actrice Esther Williams et à ses films à grand déploiement du milieu du siècle ont renforcé la perception selon laquelle les ballets aquatiques avaient des affinités plus naturelles avec le monde du spectacle qu'avec celui du sport. Pourtant, les racines de la nage synchronisée sont d'un tout autre ordre.
En 1924, des Canadiennes qui suivaient des cours de sécurité aquatique afin d'obtenir leur brevet de sauveteur de la Royal Life Saving Society ont décidé de faire une démonstration de leurs habiletés aquatiques et athlétiques. L'enthousiasme a été tel qu'en moins d'un an, on a établi des règles pour définir ce nouveau sport et organiser les premières compétitions.
La popularité de la nage synchronisée n'a cessé de croître, particulièrement aux États-Unis. Sport de démonstration aux Jeux panaméricains de Buenos Aires en 1951 et aux Jeux olympiques d'Helsinki l'année suivante, la nage synchronisée a été récupérée par la Fédération internationale de natation amateur (FINA), qui lui a créé une division de compétition en 1954.
Bardée de son statut de sport officiel des Jeux panaméricains à partir de l'édition de Mexico en 1955, la nage synchronisée a rencontré beaucoup de résistance au sein du mouvement olympique. Elle a dû attendre les Jeux de Los Angeles, en 1984, pour voir ses épreuves en solo et en duo insérées dans le programme officiel.
Au Québec, la nage synchronisée restera toujours marquée du sceau de Sylvie Fréchette. Médaillée d'or des Jeux du Commonwealth en 1986, elle a remporté, à une exception près, toutes les compétitions internationales auxquelles elle a participé de 1988 à 1992. Chemin faisant, elle a établi un record du monde en recevant sept notes parfaites de la part des juges aux Championnats du monde des sports aquatiques en 1991.
L'un des souvenirs les plus marquants de la carrière de Sylvie Fréchette demeurera la saga, longue de 16 mois, pour faire annuler par le Comité international olympique (CIO) l'erreur commise par une juge brésilienne au moment des Jeux de Barcelone en 1992. Sa médaille d'argent a été officiellement remplacée par une médaille d'or le 15 décembre 1993. Deux ans et demi plus tard, elle a mené le Canada à une médaille d'argent dans la compétition par équipe des Jeux d'Atlanta. Elle a ensuite mis fin à sa carrière sportive.
D'Esther Williams à Sylvie Fréchette, la boucle est bouclée.
La grande championne québécoise a notamment passé du temps
à Las Vegas, où elle était une des responsables du spectacle Ô
du Cirque du Soleil.