


Jeux olympiques / Dopage génétique
Mise à jour le mercredi 6 août 2008 à 23 h 00
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Photo: La Presse Canadienne /AP Photo/Lefteris Pitarakis |
Le dopage génétique est sur toutes les lèvres depuis la diffusion avec fracas d'un reportage à la télé allemande. On y voit un médecin chinois offrir un traitement avec cellules souches pour 24 000 $. De toute évidence, nous sommes bien loin des rumeurs.
« Il y a la gloire olympique, il y a les médailles, il y a l'argent et il y a la pression, explique l'ex-haltérophile Maryse Turcotte. Puis, il y a aussi l'orgueil des athlètes. L'orgueil de démontrer qu'ils sont les meilleurs. »
La tricherie existe depuis toujours et, depuis toujours, on a inventé de nouvelles façons de gagner. Aujourd'hui, le dopage génétique n'appartient plus à la science-fiction.
Le Dr Jacques P. Tremblay est une sommité mondiale dans la recherche sur la dystrophie musculaire. Il manipule les gènes pour l'avancement de la science. Chez les tricheurs, on manipule les gènes pour stimuler la production de substances naturelles comme l'EPO, la testostérone ou les hormones de croissance.
« En ce moment, la technologie est là et ça pourrait se faire, confirme le Dr Jacques P. Tremblay, chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec. On se rend bien compte des progrès électroniques, les ordinateurs, l'i-phone,ça marque le public, mais il y a des développements énormes qui se font en biologie de nos jours. On est rendu à faire ce genre de manipulation. »
Les animaux nos amis
C'est ce qu'on a fait avec une des souris à l'étude: la plus grosse! On lui a introduit un gène qui produit une protéine, la follistatine. Pourquoi? Pour faire grossir les muscles! Résultat: ces souris deviennent 50 % plus musclées.
On peut introduire le gène dans des cellules souches avec un virus codant. Mais il y a plus simple et moins risqué. Au lieu de modifier le code génétique, on injecte simplement à l'athlète une protéine « recombinante », c'est-à-dire faite de cellules modifiées génétiquement pour qu'elles produisent, par exemple, beaucoup de follistatine.
« On peut faire ça pour un certain nombre de semaines afin de développer la masse musculaire, explique le Dr Tremblay. Après ça, on arrête d'en produire et l'individu garde sa masse musculaire élevée pour plusieurs mois. De toute façon, la protéine recombinante, la follistatine, n'est pas décelable, parce qu'elle n'est plus là. Incroyable! »
Incroyable, mais vrai.
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Christiane Ayotte |
La Dre Christiane Ayotte, figure bien connue de la lutte contre le dopage, semble très sceptique face à tout ça.
« Soyons réalistes, ce n'est pas demain la veille du dopage génétique, clame la directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS-Institut Armand-Frappier. Ce n'est pas parce que ça se fait chez la souris, avec un succès donné, sur une petite bibitte qui a un temps de vie donné, que chez l'humain, les mêmes choses sont avérées. De toute façon, rajoute-t-elle, un comité de vigilance de l'Agence mondiale antidopage veille au grain. »
Jouer à l'autruche
Selon le Dr Mauro Di Pasquale, médecin canadien et auteur de trois ouvrages sur le dopage sportif, l'AMA se cache la tête dans le sable.
« Ce sera extrêmement difficile à déceler, raconte Di Pasquale. Les athlètes peuvent utiliser les techniques très habilement, de sorte qu'ils soient presque impossibles à prendre en défaut, même dans 10 ans! »
Cet ex-champion mondial de dynamophilie, qui possède aussi sa compagnie de suppléments diététiques, dit être bien branché dans le monde secret du dopage génétique.
« Le dopage génétique, dit-il, se pratique principalement en Chine et fait ses débuts au Mexique. Et ça marche », rajoute le médecin.
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Dopage |
Pour la Dre Ayotte, une profonde remise en question de l'esprit des Jeux est de mise.
« Le sport devra se poser des questions, précise Christiane Ayotte. Nous devrons nous poser des questions: quel genre de cirque veut-on? Après le dopage génétique, ce sera quoi? Ce sera des chirurgies pour mettre des muscles en téflon? »
L'ex-haltérophile Maryse Turcotte croit que le salut des Jeux passe par les athlètes.
« Tout ce qu'on peut faire, c'est faire notre compétition, essayer de battre nos propres records à nous, et être content du résultat. Si on finit 15e, et bien on finit 15e. Je pense qu'on ne peut rien faire de plus. »
Cela dit, bons Jeux quand même!
Texte écrit à partir d'un reportage de Diane Sauvé.